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Écrits d’experts #2

20. May 2020

Rencontre avec Jean-Jacques Bena, écolier droitier forcé et champion d’escrime gaucher.

Quand Jean-Jacques Bena rentre à l’école, inutile de vouloir affirmer sa patte gauche ! Gaucher contrarié ou droitier forcé en écriture manuscrite, c’est sur les pistes d’escrime, mais aussi dans la vie économique que le jeune homme va faire des étincelles ! Champion de France en fleuret comme à l’épée, il est 3ème lors du championnat du monde des moins de 20 ans en 1969.  Après de brillantes études (Science Po, doctorat de mathématiques, Arts et Métiers), il reprend la petite entreprise familiale et en fait une grande et belle marque de lingerie : Barbara. Et parce qu’on ne peut pas être PDG et président de la Fédération Française des industries textiles et courir les salles d’armes, Jean-Jacques raccroche son épée. Pour la reprendre 35 ans plus tard... Portrait et interview d’un gaucher hors du commun. 

Gaucher contrarié et gaucher médaillé

Gaucher, Jean-Jacques l’est. Absolument, complètement. Sauf pour écrire. Parce qu’en 1954, quand il rentre à l’école, l’outil pour écrire est une plume Sergent Major et l’encrier ! Et à l’époque, inutile de penser à affirmer sa main gauche. « C’est à coup de règle sur la main gauche que j’ai appris à écrire de la main droite » nous dit-il. D’une part, explique-t-il, la main gauche essuyait l’encre laissée par la plume sur le papier : travail sale, peu apprécié des enseignants ! D’autre part, la plume ne permettait pas une écriture en torsion de poignée (peu confortable et même douloureuse) comme les gauchers ont fait ensuite avec le stylo bille ou plume. Ensuite, nous explique Jean Jacques, « l’encrier était posé dans un trou, sur le pupitre d’écolier, à droite. Inutile d’imaginer faire autrement que d’écrire et recharger la plume à droite toute » ! Droit, adroit et rectiligne, c’est le mot d’ordre de l’école à l’époque. 

Dans le sport, pourtant, on accueille ce jeune gaucher à bras ouvert. Jean-Jacques fait de l’escrime et il en colle des touches ! Champion de France cadets au fleuret, champion de France à l’épée en sport Universitaire, militaire, junior… et termine 3ème des championnats du Monde des moins de 20 ans !

Pour se consacrer à sa vie professionnelle et privée, Jean-Jacques range son sac d’escrime, masque, gant et épées. 35 ans plus tard, quand il prend sa retraite, et encouragé par son maître d’armes Christophe Omnes, il reprend la compétition. Le gaucher est-il toujours meilleur sur la piste qu’avec une plume sergent major ? Bingo ! En 2019, il devient champion de France vétéran, 3ème aux Championnats du Monde au Caire en individuel et ramène la médaille d’argent par équipe à la France ! 

Être gaucher à l’escrime, un atout ? 

Les avis de Jean-Jacques Bena et de son maître d’armes Christophe Omnes diffèrent un peu mais tous deux le confirment : 60 % des médaillés d’or en escrime sont gauchers*. De Philippe Omnes (le frère de Christophe), en passant par Eric Sreki et plus récemment Gautier Grumier, de très nombreux médaillés olympiques français sont en garde à gauche !


L’Atelier STABILO : quelles explications peut-on donner à cette supériorité des gauchers ? 

Jean Jacques : L’atout du gaucher est sa rapidité. C’est d’ailleurs l’explication qu’on trouve dans les études menées par la neuroscience. Dans des conditions d’incertitude spatio-temporelle, la main gauche réagit sensiblement plus vite que la droite, tant chez les droitiers que chez les gauchers. 
Christophe : La rapidité est un fait scientifique (main gauche, œil droit, voir ci-dessous) mais c’est aussi parce qu’ils sont moins nombreux. En escrime, on est face à face, le fait d’avoir la main du même côté que celle de l’adversaire est perturbant pour le droitier qui est plus rarement confronté à cette situation. D’ailleurs, bien souvent, l’escrimeur gaucher éprouve des difficultés à combattre contre un gaucher. Mais être gaucher ne suffit pas à être un bon escrimeur ! 

L’Atelier STABILO : quels sont donc les atouts de Jean Jacques, en plus de sa « patte gauche » pour remporter des médailles depuis plus de 50 ans ? 

Jean Jacques : Je suis gaucher (rires) et ma parade riposte est rapide et même si je ne suis pas très grand, j’ai une bonne notion de de la distance.
Christophe : L’escrime, c’est comme le vélo, si les bases sont acquises, ça ne s’oublie pas ! Jean Jacques a une bonne technique, une bonne main et une bonne pointe. Mais surtout, l’escrime est un sport d’analyse. Au-delà de la technique et des qualités physiques, il faut savoir analyser l’adversaire et trouver en un millième de seconde comment répondre à l’attaque. Comment j’évite d’être touché (parade) comment je touche, quelle tactique je mets en place ? Jean Jacques a cette capacité d’analyse. Il a la main vive du gaucher et… l’esprit vif. Et pour gagner l’un ne va pas s’en l’autre. 


Conclusion ?

Si votre enfant est gaucher, veillez à ce qu’il ait le bon matériel scolaire dans sa trousse d’écolier, que l’enseignant le place à gauche de la table avec un cahier tourné dans le sens de son bras (voir notre article "Le gaucher n’est pas maladroit") et n’hésitez pas à pousser la porte d’une salle d’armes. 

En garde, prêt, allez !

*https://www.liberation.fr/sports/2010/11/08/60-des-medailles-d-or-sont-gauchers_692063

« D’autres expériences ont permis de comparer les réactions des droitiers et gauchers en tenant compte aussi de leur œil dominant, celui que l’on utilise en général pour viser, mais aussi celui qui réagit en premier et guide l’autre œil pour converger vers une cible. Les résultats ont vite montré que, chez les gauchers, la main gauche répondait plus vite s’ils avaient l’œil droit dominant.  Le système nerveux central est asymétrique. L’hémisphère gauche contrôle les mouvements de la main droite, gère le langage et guide le geste de la main dans sa trajectoire de façon continue. L’hémisphère droit, lui, contrôle la main gauche, mais gère aussi la perception de l’espace visuel. Il contribue ainsi à situer la main dans l’espace de façon cohérente, lui permettant parfois d’anticiper la direction dans laquelle elle doit aller. (…) Dans le cas d’une latéralité non croisée, par exemple œil droit-main droite, il faut une coopération des deux hémisphères. La liaison entre le signal visuel et la commande manuelle nécessite alors un transfert d’informations entre les deux hémisphères qui peut coûter 10 à 30 millisecondes. Au plus haut niveau, la plupart des mouvements s’effectuent en moins de 300 millisecondes. Il suffit de disposer d’un avantage de 20 à 30 millisecondes en temps de réaction pour avoir un peu plus de chance de toucher sa cible en premier. »

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