Nouveau sujet : la signature en tant que telle - nouveaux outils : le marqueur et la bombe aérosol -nouveau support : la rue et l'underground (le métro)…
Entre rébellion et affirmation personnelle, le graffiti prend son essor. Le premier instrument du graffiti est le marqueur. C'est un instrument rapide et sûr qui marque presque toutes les surfaces. Bien vite, à leur nom, les graffitistes accolent le numéro de la rue où ils habitent. La première génération de graffitistes compte les légendaires Julio 204 et Taki 183.
Le jeu est de se faire voir du plus grand nombre. Après les murs, le graffiti explose à l’intérieur des métros, puis sur toute la surface extérieure, augmentant le suspens et l'exploit. Crash (graffiteur des années 80) affirme en 1982 «Les œuvres d'aucun artiste ne sont vues par autant de gens en une seule journée»
Entre 1972/76 se développent différents styles, c'est la deuxième génération. L’introduction d'un style particulier immédiatement reconnaissable revient à Topcat 126, jeune de Philadelphie,arrivé à Harlem.Son oeuvre se caractérise par la large base de ses lettres,appelées,« lettres à plateau »Parallèlement,Phase 2 introduit dans le Bronx,la lettre bulle qui ressemble aux formes simplifiées de la BD.
Parmi les nouveaux éléments stylistiques, le plus important est le nuage. Cet élément avait une valeur pratique et une valeur esthétique. Il s'agissait d'une surface de peinture de la forme d'un nuage qui permettait de peindre motifs et noms tout en recouvrant les précédents d'une façon invisible. Pendant l'été 74, apparaissent des oeuvres qui recouvrent des voitures de métro entières.
Tracy introduit les lettres WS «wild style» à la signature. Le WS donne naissance à un nouveau style de lettres en trois dimensions. Avec Mico, les graffitis s’inspirent de l'actualité politique, la signature n’est plus qu'un détail. Sujet de préoccupation N °1, la guerre du Vietnam : Mico se distingue par deux slogans «Hang Nixon» et «Free Puerto Rico», Kindo introduit le cinéma et la télévision. La meilleure illustration : The Pelham exp, un graffiti qui fait référence, dès sa sortie, au film culte «The taking of Pelham 123» (1974).
Avec Lee, qui recouvre des trains entiers, on passe du «whole car piece» au «whole train piece». L'art du graffiti atteint sa maturité. A la fin des années 70, certains galéristes s’intéressent aux graffitis comme Stefan Eins qui ouvre «Fashion Moda» dans le Bronx.
Avec le livre de photos de Martha Cooper et Henry Chalfant «Subway Art», le graffiti entre dans la postérité.
Puis avec Jean Michel Basquiat qui écrit des poèmes à clé dans les rues et Keith Harring qui dessine dans le métro et sur les panneaux publicitaires, le graffiti entre définitivement dans les petits papiers des marchands d’art.
Aujourd’hui, le graffiti est toujours bien vivant grâce aux échanges entre collectifs d’artistes européens et américains. A ceci, il faut ajouter le formidable instrument qu'est le net qui permet une communication rapide et internationale entre les artistes.
Et si le graffiti poursuit une carrière reconnue de tous (il existe nombre de façades ou d’immeubles recouverts de graffitis, œuvres commandées par des mairies), son ancêtre le tag, lui, a mal tourné.Il s’apparente plutôt au vandalisme puisqu'il dégrade des surfaces qui ne lui sont pas dédiées et véhicule des messages sans intérêt. Il appartient à chacun de faire la différence.
BIBLIOGRAPHIE
“Coming from the subway-New-York graffiti Art ”
auteur : Froukse Hoekstra avec l'appui du Groninger Museum.